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Situation des algues vertes dans le Finistère

 
 
Situation des algues vertes dans le Finistère

Le préfet du Finistère a tenu une conférence de presse avec le maire de Plonévez-Porzay sur la situation des algues vertes dans le Finistère, jeudi 18 juillet.

I. Le développement des algues vertes est favorisé par la présence de nitrates en mer

Le phénomène des algues vertes résulte d’une conjugaison complexe de facteurs aux sources diverses.

Depuis 2014 les Déclarations de Flux d'Azote (DFA), obligatoire pour tout producteur d'azote et quelle que soit la nature de l'azote : organique (issu des élevages) ou minéral (engrais du commerce) mais également issus des épandages de boues de station d'épuration ou de digestat de méthaniseur permettent d'avoir un suivi assez précis de la pression azotée dans les départements bretons et surtout de leur évolution.
Pour le Finistère, en 2018, la pression azotée totale était légèrement supérieure à 170 kilos d’azote par hectare de surface agricole utile, en légère baisse par rapport aux années précédentes.

La part en provenance des élevages est d'un peu moins des 2/3 (62.8% en 2018), le tiers restant étant soit de l'azote minéral (engrais commerciaux) soit des boues de station d'épuration ou des méthaniseurs.

En théorie, l’ensemble de l’azote épandu devrait être utilisé par les cultures lors de la croissance des plantes. Dans les faits, en raison d’une surfertilisation sur certaines parcelles (davantage d’azote répandu que les besoins des plantes), mais également d’épandages réalisés sur des terrains nus ou à des périodes non propices (avant de fortes pluies par exemple), une partie de l’azote reste dans les sols ou rejoint les nappes phréatiques, et une autre partie est lessivée par les pluies. In fine, entre 15 et 20 % des quantités épandues transitent par les cours d’eau avant de rejoindre la mer.

Une fois en mer, l’azote favorise le développement des algues vertes. En fonction de différents facteurs (température de l’eau, vents, courants, houle), une partie de ces algues s’échoue sur les côtes bretonnes et finistériennes.

II – La situation 2019 en Finistère apparaît stable au regard des années précédentes

En dépit de situations contrastées selon les sites étudiés, le volume global d’algues vertes dans le département du Finistère en 2019 est comparable aux années antérieures.

Conditions météorologiques

L’hiver a connu peu d’épisodes de forte houle (3 fois moins), qui favorisent en temps normal la dispersion des algues ; des conditions très irrégulières ont contribué à disperser les ulves dans les baies les plus exposées.

La température de l’eau sensiblement supérieure aux normales, la luminosité hivernale ont contribué à une reconduction des stocks dont le développement a été favorisé par les conditions favorables du printemps. En outre, la pluviométrie importante début juin a favorisé une arrivée significative de nutriments, favorables à la croissance des ulves.

Situation des baies (bassins versants algues vertes - BVAVbassin versant algues vertes )

Nord-Finistère

Les sites du nord Finistère très peu chargés en mai ont vu leurs quantités d’ulves augmenter en juin (3 fois le niveau moyen dans l’anse de Locquirec, deux fois à Guissény).

Sud-Finistère

La baie de Douarnenez est d’ordinaire touchée particulièrement tôt par le phénomène. En mai, on notait la présence d’ulves sur l’anse du Ry, Kervel/ Trezmalouen, Sainte Anne et Kervijen mais à un niveau modeste. En juin la progression a été importante (multiplication par 3 ou 4) mais le niveau absolu est resté inférieur à la moyenne de juin (environ – 50 %). Les échouages mi juin étaient importants sur Kervijen, moins sur les autres plages.

En baie de la Forêt, le stock présent fin 2018 n’a pas été dispersé, expliquant la présence d’ulves tôt en saison. Elle présentait des surfaces d’ulves très importantes, surfaces qui augmentaient encore nettement en mai (supérieur à toutes les mesures antérieures). En juin les surfaces sur Kerleven étaient en très nette régression (peut-être en lien avec les conditions dispersives), mais les ulves encore bien présentes sur les anses de Saint Jean et Saint Laurent. La plage de Cap Coz présentait également des échouages (mélanges d’algues). L’anse de Cabellou était, elle également, encore chargée en juin. La surface totale estimée serait proche du niveau moyen.

En dehors des bassins versants algues vertes, d’autres sites sont également concernés par des échouages : l’anse de Moguéran où les surfaces sont faibles mais les ulves plus présentes ; l’anse du Moulin Blanc qui présentait des échouages d’ulves importants sur le haut de plage et des algues visibles en infra.

III – Le ramassage et le traitement des algues ont été opérés sans difficulté

Les quantités collectées à ce jour sont proches de celles de 2010 tout en restant inférieures à 2017. Un peu plus de 4500 tonnes d’algues vertes ont été ramassées sur le Finistère depuis le début de la saison (dont 100 tonnes hors BVAVbassin versant algues vertes en rade de Brest).

Des moyens importants sont mis en œuvre pour assurer le traitement des algues vertes collectées, qui sont aujourd’hui en quasi-totalité compostées dans les 4 unités du Finistère. Les délais de ramassage sont respectés et les infrastructures correctement dimensionnées pour faire face aux volumes.

Remarque : l’épandage longtemps pratiqué des algues vertes sur les terres agricoles situées à proximité des zones d’échouage a été progressivement remplacé par le compostage, avec la réalisation d’équipements par les communautés de communes. Si l’épandage reste possible et constitue un amendement organique, il doit être limité en raison de la teneur en sel de l’apport et intégré aux quantités d’azote autorisées en épandage.

Par ailleurs, le délai entre le ramassage et l’arrivée sur le site d’épandage ne doit pas excéder 24h, de même que celui entre l’arrivée sur site et l’enfouissement.

De nombreux témoignages précédant la mise en œuvre des plate-formes de compostage font état des nuisances olfactives et de risques liés à sécurité du public, en raison de délais trop longs ou de tas trop conséquents au regard des quantités recommandées (30 t/ha maximum tous les 4 ans sur cultures, 15 t/ha sur prairies). Par ailleurs, la localisation des terres d’épandage à proximité immédiate des zones d’échouage peut faire craindre un retour rapide du nitrate à la Baie, ré-alimentant ainsi le développement des ulves.

Nord-Finistère

Sur le nord, les situations sont diversifiées, les tonnages collectés étant très inférieurs aux baies du Sud, en lien notamment avec le linéaire de plages concerné: de l’ordre de 1500 t pour Guissény en 2018 (700 T en 2017), 1300 T pour Locquirec (2000 t en 2017). A noter le traitement commun des algues de la Baie de Locquirec avec celles de la Lieue de Grève (Côtes d’Armor) voisine.

Sud-Finistère

Les baies de la Forêt, très précoce cette année et dans une moindre mesure de Douarnenez connaissent des échouages importants ayant nécessité des ramassages conséquents sans que soit fait mention d’une difficulté liée à la collecte ou au traitement.

Sur le BVAVbassin versant algues vertes de Douarnenez, 3 aires de compostage accueillent des algues vertes en mélange avec des déchets verts, fournissant un compost normalisé utilisé par les particuliers et les exploitants agricoles. La plate-forme de Kerdanvez à Crozon (capacité de 2500 T d’algues fraîches), celle de la Croix Neuve à Plonevez-Porzay (7000 T), et celle de Douarnenez Communauté (5400 T) permettent la prise en charge d’un peu moins de 15 000 T/an.

Sur le BVAVbassin versant algues vertes de la Forêt, la plate-forme de compostage de Kerambris dispose d’une capacité de 20 000 T.

Ces capacités apparaissent suffisamment dimensionnées au regard des quantités collectées sur ces baies (un peu plus de 10 000 T sur la Forêt en 2017, environ 5000 T sur la Baie de Douarnenez, la valeur maximale observée s’établissant en 2004 à 30 000 T en Baie de la Forêt).

IV – Les actions mises en œuvre pour lutter contre le phénomène des algues vertes

Des actions ont d’ores et déjà été entreprises pour réduire la teneur en nitrates dans les cours d’eau.

Réduction des nitrates – Plans de lutte contre les algues vertes (PLAV)

Les Plans de Lutte contre les Algues Vertes (PLAV1 2011-2016 et PLAV 2 en cours) ont permis de sensibiliser la profession agricole à l’importance de la maîtrise de la fertilisation azotée dans la lutte contre les fuites de nitrates vers les cours d’eau.

Ce volet contractuel, basé sur l’engagement volontaire des exploitants conjugué à l’amélioration des dispositifs d’assainissement individuel et collectif et à la mise en œuvre des Programmes d’Action Régional en vue de la protection des eaux contre la pollution par les nitrates d'origine agricole ont permis de faire diminuer la teneur en nitrate présent dans les cours d’eau, sur l’ensemble du territoire breton et notamment en Finistère.

La tendance est incontestablement à la baisse depuis plusieurs années de manière tendancielle sur le long terme (la teneur en nitrate s’établissait en 2018 à 32,1 mg/l en moyenne sur l’ensemble des cours d’eau suivis du Finistère, valeur très inférieure au seuil des 50mg/l, limite supérieure autorisée pour la production d'eau potable par les usines prélevant dans les cours d'eau).

Ces teneurs sont cependant étroitement corrélées aux conditions climatiques (pluviométrie) et on peut parfois observer des périodes de stagnation, voire de légère remontée de ces teneurs une année donnée, sans que la tendance générale ne soit remise en cause ; en 2019, le mois de juin relativement plus pluvieux que la normale à induit un lessivage accru des nitrates (pleine période de cultures qui avaient été fertilisées) et donc une légère augmentation temporaire des nitrates.

La multiplicité des causes du phénomène des algues vertes est également illustré par le fait que dans certains bassins algues vertes, les cheptels présents ont nettement diminué au cours des dernières années (-25 % du nombre de porcs et vaches dans le bassin versant de la baie de Douarnenez), sans pour autant permettre la disparition du phénomène. L’élevage, même s’il contribue au phénomène, n’en est donc pas pas la seule cause ; pour le combattre efficacement, il est donc indispensable de travailler également sur les autres facteurs, et notamment les pratiques culturales.

Evolution des pratiques agricoles

L’action individuelle (sous la forme de conseils techniques) et collective (sous forme de journées de formation, d’information et de démonstrations) se poursuivent afin d’accompagner les agriculteurs dans les changements de pratiques, voire de systèmes, visant à la réduction des fuites d’azote. Une action foncière, sous la forme d’échanges parcellaires en vue de favoriser la part d’herbe dans les exploitations laitières, est également engagée sur toutes les baies.

La modification de certaines pratiques culturales (diminuer les épandages sur les terrains nus, recréation de haies pour réduire le lessivage en cas de pluie) est également une solution permettant de diminuer les rejets d’azote dans les cours d’eau puis dans la mer. La recréation de zones humides doit également être favorisée.

Un travail de lutte contre les pollutions accidentelles (rupture de fosses à lisier qui se déversent dans les cours d’eaux) est également mené avec les professionnels pour diminuer ce risque.

Développement des recherches scientifiques sur la thématique des algues vertes

En 2018, sur la Baie de la Forêt, l’État a mis en place une stratégie de contrôles exhaustifs des exploitants sur les 2 sous-bassins prioritaires (Moros amont et Lesnevard amont). Il a ainsi été possible de rechercher avec les exploitants, les causes de la présence excessive d’azote dans le sol à la fin de l’absorption par la culture du maïs (azote potentiellement lessivable durant la période hivernale).

Ce dispositif sera poursuivi en 2019 et élargi à la Baie de Douarnenez, puis du nord Finistère sur 2020.

Parmi les autres facteurs à l’origine du développement des algues vertes, figurent également l’impact de l’usage intensif des engrais et de l’activité des stations d’épuration et des méthaniseurs.

Par ailleurs, une étude sur le relargage de l’azote par le sédiment est engagée depuis début 2019 et la contribution des eaux souterraines au phénomène, étudiée sur le bassin versant de l’Horn en 2017 fait l’objet d’une étude en Baie de Douarnenez, dans un contexte géologique et pédo-climatique différent.

Une évaluation à mi-parcours du PLAV2 est programmée pour la fin 2019 avec présentation des conclusions au premier semestre 2019, à l’occasion du prochain Comité régional de suivi.