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Algues vertes - questions réponses

 
 
Algues vertes - questions réponses

La présence relativement forte et précoce d’algues vertes dans le département en cette saison 2019 a engendré des réactions de la part d’associations environnementales qui ont fustigé le rôle de l’agriculture et notamment de l’élevage.

1) Quelles sont les causes de la prolifération des algues vertes ?

La prolifération des algues vertes en mer est par nature erratique car elle dépend de la conjonction de plusieurs facteurs dont :

- la morphologie du littoral (baies fermées et peu profondes peu exposées à la houle),

- des conditions météorologiques (température, ensoleillement, pluviométrie, vent, marées), tant de l’hiver précédent (dispersion plus ou moins importante du stock d’algues résiduel, que du printemps et de l’été (précocité plus ou moins forte selon la vitesse du réchauffement des eaux marines)

- des apports de sels nutritifs par les cours d’eau (nutriments nécessaires au développement de la masse algale)

La conjonction de ces éléments peut entraîner des échouages plus ou moins importants d’algues vertes sur les côtes, du printemps à l’automne.

2) Comment l’azote contribue-t-il au développement des algues vertes ?

Parmi les facteurs favorisant la prolifération des algues vertes, le phosphore et l’azote jouent un rôle prépondérant. À la différence du phosphore, l’azote est un élément fertilisant considéré comme facteur limitant. En effet, les apports azotés ont une origine principalement agricole, même si les boues des stations d’épuration y contribuent également pour une faible part. À cet égard, il convient de distinguer les engrais chimiques industriels dits « minéraux » des engrais organiques (lisiers, fumiers).

En théorie, l’azote épandu devrait être absorbé par les cultures lors de la croissance des plantes, c’est ce qu’on appelle l’équilibre de la fertilisation. Or, différents facteurs peuvent conduire, de fait, à des « fuites d’azote » en dehors de la parcelle cultivée :

- conditions météorologiques défavorables (pluie importante après l’épandage des engrais sur la parcelle)

- épandages trop précoces (sur terrains nus ou anticipant trop les besoins réels de la plante)

- surfertilisation (apport d’engrais supérieurs aux besoins de la plante du fait de la mauvaise estimation du rendement de la culture en place)

- configuration des lieux et modes de cultures (pente, sens du travail du sol, intercultures et inter-rangs laissant des sols nus,...)

En conséquence une partie de cet azote (qu’il soit d’origine minéral ou organique) est lessivée par les pluies et se retrouve dans les nappes phréatiques et les cours d’eau. On estime qu’une proportion significative des quantités épandues transitent par les cours d’eau et les nappes phréatiques avant de rejoindre la mer.

3) Les algues vertes présentent-elles un danger pour la santé ?

Les algues vertes ne représentent pas de danger pour la santé lorsqu’elles sont en mer ou déposées depuis peu sur la plage en faible épaisseur. En revanche, en cas d’accumulation importante, leur décomposition peut présenter des risques pour la santé. En effet leur putréfaction entraîne la formation d’une croûte superficielle sous l’effet du soleil, croûte sous laquelle, au bout de 24 à 48 heures, les algues en décomposition produisent et accumulent un gaz toxique, l’hydrogène sulfuré. C’est pourquoi les algues arrivant sur les plages et les zones fréquentées du littoral sont ramassées dans la mesure du possible sous 24 heures (la réglementation prévoit un délai maximal de 36 heures) afin d’écarter tout risque sanitaire pour la population, notamment pendant la saison touristique.

À l’occasion des opérations de collecte, des précautions sont prises pour protéger les personnels. Des messages de prévention et des consignes de sécurité sont également adressés au public. Un recensement des secteurs d’accumulations potentielles des algues vertes dans les endroits où la configuration empêche le ramassage systématique a été entrepris afin d’informer les maires des communes concernées. Le résultat de cette étude et la cartographie des zones à risques seront disponibles début 2020.

4) Quelle est la situationdu Finistère en 2019 au regard des années précédentes ?

Les échouages d’algues vertes sur les plages finistériennes ont été précoces en 2019 et plus importants qu’en 2018, en raison notamment d’une température de l’eau et d’une luminosité supérieures à la normale conjuguées à une présence de stocks d’algues peu dispersés durant l’hiver (source CEVA). La présence de nutriments, notamment l’azote, dans les cours d’eau arrivant aux baies en lien avec une pluviométrie marquée en fin de printemps, a permis une forte croissance de la biomasse d’algues qui s’atténue avec la période sèche observée depuis le début de l’été.

Pour autant, le département ne connaît pas d’évolution préoccupante par rapport aux années précédentes. Les quantités collectées sur les plages finistériennes s’établissent à ce jour aux alentours de 5000 tonnes, plaçant l’année 2019 sur une trajectoire proche de celle de 2010 tout en restant inférieure à celle de 2017 (annexe 1). Cet été, les surfaces d’échouages d’ulves ont diminué d’environ 20 % en août par rapport au mois de juillet en Bretagne (source CEVA).

5) La collecte et le traitement des algues vertes dans le Finistère sont-ils efficaces ?

Le ramassage des algues vertes est effectué rapidement afin d’éviter leur amas et leur décomposition. L’épandage longtemps pratiqué des algues vertes sur les terres agricoles situées à proximité des zones d’échouages a été progressivement remplacé par le compostage.

Le ramassage des algues vertes échouées est assuré par les collectivités en charge de cette action curative dans le cadre du second Plan de Lutte contre la prolifération des Algues Vertes (PLAV2). Dans le département, quatre unités de traitement (Crozon, Plonévez-Porzay, Douanenez, pays fouesnantais) des algues vertes collectées sont opérationnelles, permettant l’élaboration de compost après mélange avec des déchets verts. Leur dimensionnement (35 000 tonnes annuelles au total) est en cohérence avec les tonnages historiques collectés. Les Baies du Nord Finistère, dont le linéaire côtier est plus réduit, privilégient l’épandage des algues sur les terres agricoles avec enfouissement afin de limiter les nuisances.

La méthode de collecte des algues vertes n’est cependant pas sans poser des inconvénients en termes d’incidences écologiques : circulation d’engins motorisés sur l’estran, détérioration de laisse de mer, exportation de sable.

6) Quelle est l’évolution de la qualité de l’eau et des teneurs en nitrates dans le département ?

Les teneurs en nitrates dans les cours d’eau ont régulièrement baissé depuis 2010 dans le Finistère (annexe 3). La concentration en nitrates dans les eaux de surface a diminué sur la période 2010-2018. Elle s’établissait en 2018 à 32,1 mg/l en moyenne sur l’ensemble des cours d’eau du département, valeur très inférieure au seuil des 50 mg/l qui constitue la limite autorisée pour la production d’eau potable pour les usines prélevant dans les cours d’eau. Toutefois, l’obtention de résultats durables implique de réduire la concentration en nitrate dans les cours d’eau à des niveaux encore inférieurs (15 mg/l à 10 mg/l).

Dans le Finistère comme ailleurs en Bretagne, certains cours d’eau ont connu une hausse des teneurs en nitrates en 2018 (+2 mg/l par rapport à 2017) sans qu’il soit possible à ce stade de conclure à une inflexion des tendances compte-tenu des variabilités interannuelles des concentrations. À noter que la singularité du Finistère réside dans la proximité immédiate avec le littoral qui couvre une grande partie du territoire, raccourcissant d’autant le temps écoulé entre le moment où l’azote quitte la parcelle et celui où il rejoint la mer.

7) Au-delà du cadre réglementaire existant, quelles solutions peuvent être envisagées pour maîtriser les quantités d’azote dans les sols et les cours d’eau ?

  • La réglementation actuelle encadre les quantités et les modalités d’application des fertilisants.

À ce jour, il existe un cadre réglementaire strict limitant l’usage de ces fertilisants à travers les plans d’épandage et dans le cadre de la Directive Nitrates. Premièrement, des plafonds sont fixés de sorte que les quantités utilisées soient proportionnelles aux besoins des cultures. Deuxièmement, les modalités d’application des fertilisants organiques sont soumises à des conditions qui tiennent compte du climat et de la saison (définition de périodes et/ou de conditions climatiques interdisant tout apport d’engrais sur les parcelles). Un arrêté préfectoral régional encadre ces pratiques agronomiques pour les adapter aux spécificités de la région. Des contrôles sont régulièrement réalisés pour vérifier la conformité des pratiques vis-à-vis de cette réglementation.

  • Une responsabilisation des cultivateurs en faveur de meilleures pratiques agronomiques.

Le changement d’approche des cultivateurs ne saurait résulter uniquement de la pression réglementaire. Dans le cadre du Plan de lutte contre les algues vertes (PLAV), des actions individuelles (conseils techniques) et collectives (journées de formation, d’information et de démonstrations) sont organisées afin de promouvoir l’adoption de bonnes pratiques agronomiques. Cette responsabilisation doit se traduire in fine par la modification de certaines pratiques culturales (choix des cultures en fonction de la topographie des parcelles, modification dans la rotation interannuelle des cultures, sens du travail du sol, augmentation de la couverture des sols,...) plus soucieuses de l’environnement.

  • Une politique de réaménagement de l’espace rural.

    Cependant, les progrès les plus significatifs ne pourront être réalisés qu’à travers une politique volontariste de réaménagement de l’espace rural. Cette politique devra permettre de restaurer la fonctionnalité écologique des terres et des cours d’eau en privilégiant des éléments « naturels » pour contenir les risques de lessivage.

De quoi s’agit-il ?

- reconstituer le système bocager et garantir sa préservation là où il existe encore : les talus, les fossés, les haies limitant le ruissellement sur les terres agricoles,

- reconstituer un réseau de zones humides, celles-ci jouant un rôle majeur d’épuration des eaux et réaménager les fonds de vallées (roselières),

- maintenir et restaurer des prairies permanentes le long des cours d’eau et des fossés dans les zones sensibles ou mettre en place des bandes enherbées au-delà des 5 mètres réglementaires,

- préserver, voire restaurer des zones littorales en supprimant les aménagements passés amenant les cours d’eau trop rapidement en mer afin que les arrières dunes, les étangs rétro-littoraux, les marais puissent jouer un rôle de dénitrification.

En outre, une politique foncière sous la forme d’échanges parcellaires peut permettre de faire évoluer les pratiques culturales vers des systèmes permettant une reconquête de la qualité des eaux plus rapide, en favorisant par exemple la part des surfaces en prairies permanentes dans les exploitations laitières. En effet, l’éclatement géographique des parcelles conduit aujourd’hui les agriculteurs à privilégier les cultures (blé, maïs) sur les terrains éloignés de leur cœur d’exploitation et sur lesquels la fertilisation est susceptible de favoriser les fuites d’azote.

8) Quelle est la responsabilité de l’élevage dans les basins versants algues vertes (BVAVbassin versant algues vertes ) ?

L’élevage recouvre des activités différentes. À ce titre, il convient de distinguer l’élevage en bâtiment de l’élevage en plein air.

  • L’élevage en bâtiment induit des risques de pollutions chroniques ou accidentelles.

    L’interdiction d’épandage une partie de l’année conduit les éleveurs à stocker les effluents organiques. Cette concentration sur un seul site, le bâtiment d’élevage, est facteur de risque de fuites de nitrates en raison de possibles pollutions accidentelles (ruptures de fosses à lisier qui se déversent dans les cours d’eau) ou de fuites chroniques. S’y ajoutent également les risques liés au transport et à l’épandage des effluents ainsi que ceux liés aux transferts vers les stations de traitement et les méthaniseurs.

  • L’élevage ne saurait toutefois être considéré comme la cause directe principale du développement des algues vertes.

    Le phénomène des algues vertes repose sur des causes multiples. Il convient donc d’être prudent s’agissant de l’idée qu’une limitation des cheptels dans les bassins versants algues vertes améliorera la qualité des eaux. Une réduction des élevages entraînerait certes une baisse de la production de déjections animales azotées utilisées pour fertiliser les champs mais pour compenser cette baisse, les cultivateurs seraient amenés à utiliser davantage d’engrais chimiques, qui sont également à l’origine de fuites d’azote dans le milieu. Les cultivateurs pourraient par ailleurs continuer à fertiliser leurs champs avec du lisier produit dans des secteurs limitrophes aux bassins versants algues vertes. Dans ces conditions, la réduction de la place de l’élevage ne se traduirait pas mécaniquement par une diminution des fuites d’azote.

    Il convient enfin de souligner que la problématique des teneurs excessives en nitrates concerne également les régions de France où les effectifs bovins et porcins sont bien moindres qu’en Bretagne, à l’image des plaines de la Beauce dont l’activité agricole repose principalement sur la céréaliculture.

9) Quelles sont les actions mises en place par l’État et la Région pour lutter contre le phénomène des algues vertes ?

La lutte contre les algues vertes repose sur une volonté politique d’impulsion conjointe entre l’État et le conseil régional de Bretagne et la mobilisation de l’ensemble des moyens dont ceux de l’agence de l’eau Loire Bretagne.

Dans les bassins versants algues vertes, les actions mises en œuvre visent à éviter un accroissement de la pression azotée ne provenant pas directement de la production agricole ou résultant de productions agricoles situées hors du bassin.

  • Une instruction approfondie des dossiers de demande d’extension d’élevage.

    L’État est très attentif aux risques de pollution chronique ou accidentelle dans les bassins versants. Les demandes d’extension d’élevage au titre des Installations Classées pour la Protection de l’Environnement (ICPEInstallations classées pour la protection de l'environnement) font l’objet d’une instruction renforcée intégrant les risques de pollution. L’analyse des dossiers déposés tient compte des spécificités de chaque bassin versant en termes de typologie des exploitations. En outre, le périmètre retenu pour l’instruction à l’échelle du bassin permet d’apprécier la situation dans son contexte et d’analyser l’évolution des pratiques agricoles ainsi que leur impact sur l’environnement (au travers de la teneur en nitrate des cours d’eau, teneur directement corrélée à la pression azotée sur les terres agricoles).

  • Une nouvelle approche des plans de contrôle traduisant le passage d’une logique de moyen à une obligation de résultat.

    L’interdiction d’épandage une partie de l’année conduit les éleveurs à stocker les effluents organiques. Cette concentration sur un seul site, le bâtiment d’élevage, est facteur de risque de fuites de nitrates en raison de possibles pollutions accidentelles (ruptures de canalisation ou de fosses à lisier qui se déversent dans les cours d’eau) ou de fuites chroniques.

    Les plans de contrôles des exploitations au titre de la Directive Nitrates élaborés par les services de l’État reposent sur une nouvelle approche qui consiste à :

- repérer les pollutions chroniques,

- vérifier la sincérité et le respect effectif des cahiers d’épandage,

- cibler et multiplier les contrôles dans les zones à fort enjeux au regard de leur sensibilité (zones incluant des BVAVbassin versant algues vertes ) ou présentant des traces de pollution.

L’identification de sous-bassins versants prioritaires est effectué à partir des données analysant les flux arrivant dans les baies ainsi que la contribution de chaque cours d’eau à ces flux. Le suivi de la qualité de l’eau et les mesures ponctuelles effectuées à l’aide d’une sonde à nitrates contribuent également au meilleur ciblage territorial des actions.

Cette approche a été privilégiée en 2018 sur la Baie de la Forêt et sera poursuivie en 2019 et élargie à la Baie de Douarnenez, traduisant ainsi l’évolution des contrôles de l’État, passant d’une obligation de moyens (contrôles documentaires sur les pratiques de fertilisation) à une obligation de résultat (équilibre de la fertilisation à la parcelle).

Compte tenu du risque de pollution induit par les élevages, le préfet du Finistère a demandé aux organisations de producteurs de mettre en œuvre des mesures pour diminuer les risques de pollutions accidentelles de déversement de lisier dans le milieu naturel.

  • Une action foncière visant à lutter contre les fuites d’azote.

    La mise en œuvre d’une politique ambitieuse d’aménagement de l’espace rural doit s’appuyer sur un volet foncier porté par les pouvoirs publics. En effet, les PLAV sont mis en place par les collectivités qui ont accepté de conduire ces plans d’action.

    L’action foncière peut reposer sur deux leviers principaux :

    - le remembrement sous formes d’échanges de parcellaires,

    -des acquisitions foncières pour la restauration et la préservation de zones humides.

    Les services de l’État sont impliqués sur le volet foncier du PLAV2 sur le bassin versant prioritaire du Ris en Baie de Douarnenez. À cet effet, une action foncière, sous la forme d’échanges de parcelles en vue de favoriser la part d’herbe dans les exploitations laitières est engagée sur ce sous bassin versant. La réduction des risques de fuites d’azote passe en effet par une évolution des pratiques agricoles (plus en adéquation avec les enjeux environnementaux dans ces secteurs sensibles) et l’augmentation de la part des sols couverts de manière permanente.